Je déteste rêver de choses qui m’échappent inexorablement. De fantômes d’hier dont le nom s’est effacé avec l’érosion des années. De personnes qui ont sans doute marqué ma vie de manière plus ou moins forte mais que j’ai plongées dans l’oubli, dans l'arrière-boutique de l'enseigne délabrée de ma mémoire.

On est si peu de chose.

Je n’aime pas la sensation que procure un déjà-vu, le sentiment de revivre quelque chose d’enterré, qui fait déjà partie du passé et qui m'impose face à l’inéluctable vérité : je vieillis. Ce genre de scènes où je suis une voiture, la même que mes parents il y a des années, où à l’arrière deux gamins me regardent longuement, sans que je puisse décoder ce qui se dit derrière ces deux paires d’yeux grands ouverts sur le monde. Ca me donne l’impression que l’on me déshabille, me met mal à l’aise ; je me revois à leur âge, quand mon frère et moi regardions impassiblement les conducteurs qui nous suivaient durant les longs trajets pour nous rendre chez nos grands-parents, en cherchant peut-être à percer à jour leurs secrets.

C’est désarmant de se sentir impuissant à ce point.

S73R2696

Je ferai mon âge, ni plus ni moins.